Accueil Bas de page Plan du site

Postscriptum n°27 - les élections présidentielles françaises 2017 : vous avez dit démocratie ?

Préambule

Hier, 26/04/2017, M. Macron, candidat à l’élection présidentielle, a été interpellé par des travailleurs de la société Whirlpool France qui demandaient de sanctionner cette société pour un comportement jugé incorrect. A ces travailleurs, M. Macron a répondu que sanctionner la société serait une erreur parce qu’une telle décision découragerait les investisseurs d’investir en France et causerait donc une augmentation du chômage.

Cet échange, presque banal, est une illustration lumineuse du problème fondamental que connaît la démocratie en Europe, et particulièrement en France.

Procédons dans l'ordre

Whirpool prévoit de fermer son usine en France pour en ouvrir une en Pologne, dans le but d’augmenter les profits de la société. Certains des participants à cet échange exemplaire avançaient aussi que Whirlpool avait bénéficié d’aides ou de subventions de la part de l’Etat français et que de plus la fermeture de l’usine intervenait alors même que la société mère aux Etats-Unis avait décidé d’augmenter de 10% les dividendes versés aux actionnaires.

On peut déduire de façon évidente de cet échange entre le candidat à la Présidence de la République et ces travailleurs, quoiqu’on en pense, que les travailleurs du privé n’ont désormais plus aucune espèce de contrepouvoir à opposer au pouvoir de la Finance.

Vous avez dit démocratie ?

Il y encore une soixantaine d’années, l’Etat bénéficiait d’une position plus forte face au « Capital » et les travailleurs du privé étaient indubitablement mieux protégés que de nos jours, n’en déplaise aux tant déclamés zacquisociauxzéautrezavantagezacquis que certains people de la gauche nous régurgitent régulièrement (puisque c’est ainsi qu’elle ose encore s’appeler, pauvre vieux Jean Jaurès qui n’en a pas fini de digérer la trahison depuis son Panthéon…).

La situation actuelle, qui semble normale aux Médias et acceptable à une bonne partie de la classe politique, nous semble au contraire extrêmement grave, voire dramatique.

Les travailleurs dont il s’agit ne sont pas seulement des ouvriers, et le terme « travailleur » tant dévalué par la propagande d’extrême gôche, n’a à nos yeux qu’une seule définition légitime : un travailleur est une personne qui effectue un travail dans une société privée au capital de laquelle en principe elle ne participe pas, c'est-à-dire dans laquelle elle n’a pas de pouvoir de décision. Il s’agit donc non seulement d’ouvriers, mais aussi d’employés, de techniciens, d’ingénieurs, de chercheurs et même…de dirigeants.

A titre personnel, nous ne considérons pas nécessairement la Finance comme un ennemi (contrairement à certains VIP de "gôche"), mais quand la Finance ne trouve sur son chemin aucun contrepouvoir, il est inévitable alors qu’elle ait une tendance effrénée à devenir un vrai monstre, et tout aussi certain qu’il faudrait la combattre, comme cela devrait être le cas aujourd’hui.

Alors, voir des hommes politiques, peut-être authentiquement courageux et sincères…peut-être, accepter une pareille situation avec sérénité comme un état de fait, ne pas réagir lorsqu’ils sont confrontés à de telles monstruosités, ou même conseiller à leur concitoyens de s’y adapter d’une façon ou d’une autre (ma foi…), ne peut susciter qu’une profonde stupeur, venant de personnes qui prétendent défendre leur pays.

Et pourquoi ne pas rajouter alors au discours de « la nécessaire adaptation » qu’après tout « ma bonne dame, l’esclavage n’était-il pas lui aussi largement admis par tous, du temps où il était largement admis par tous et ne choquait personne ou pas grand monde… ?».

Il est bien entendu que combattre une dérive aussi terrifiante impliquerait des années d’efforts, non seulement au niveau d’un pays, mais même à un niveau planétaire, puisque c’est désormais une dimension planétaire que le phénomène a acquis. Efforts que la classe politique devrait avoir l’obligation de mettre en œuvre, avant même de nous parler de "programmes".

En l’état actuel des choses, notre société se divise en différentes classes : les employés relevant de catégories "protégées", les parasites de diverses catégories, les financiers, les travailleurs du privé, nouveaux esclaves modernes, et diverses autres catégories non comprises dans les précédentes (travailleurs indépendants, petits entrepreneurs, artisans, commerçants, agriculteurs, etc...).

Beaucoup, en particulier parmi les travailleurs du privé, se bercent d'illusions en pensant que le couperet ne tombera que sur une population limitée et plus fragile, mais avec une finance aussi déchaînée, aussi libre de ses mouvements, servie par ceux là même qui devraient la combattre et qui au contraire semblent entreprendre avec énergie d’y asservir leur pays, le couperet tombera tôt ou tard sur tous, y compris même peut-être sur ceux qui se croient encore protégés…ou qui sait ?...sur leurs enfants.

Etant entendu que les travailleurs du privé représentent encore une part significative de la population, on ne peut plus appeler démocratie un pays dans lequel une grande partie de la population n’a plus aucun pouvoir, et aucun autre choix que celui de "s’adapter" à un statut d’esclave moderne.

A propos de l’affaire Whirlpool, M. Macron a menacé de demander des sanctions contre la Pologne sur la base de l’article 7 du traité de l’UE, en s’appuyant sur l’article 2 du même traité. Nous conseillons à ce sujet la visite du lien suivant, en particulier du paragraphe consacré à la complexité et à la longueur de cette procédure https://europe-liberte-securite-justice.org/2015/06/22/le-debat-eternel-autour-de-larticle-7/ , pour clore définitivement la question.
Certains qualifient M. Macron de néo-colbertiste, dans une certaine mesure. Nous n’avons pas vraiment d’avis là-dessus, même si Colbert aussi a conçu en son temps un « code du travail » novateur, appelé le « code noir », qui régissait le statut des esclaves et les relations entre les esclaves et leurs maîtres, dans les colonies françaises, du temps de Louis XIV.

En parcourant un peu l’histoire, on est bien obligés de constater avec tristesse, que bien souvent des personnes éclairées, responsables et « modérées », ont considéré comme normal et nécessaire, bien que regrettable, la réduction des droits d’une partie de la population, pour assurer une vie plus libre et plus aisée à une autre partie (plus « méritante » ou plus digne?) de la population. Même les pères fondateurs des Etats-Unis, considérés pourtant comme des champions de la liberté, étaient, par ailleurs, de grands propriétaires d’esclaves.

Bien entendu, les hommes politiques de nos jours n’ont plus d’esclaves à leur service. En revanche, les maîtres de la Finance que ces politiques favorisent souvent, ou dont ils tolèrent les pratiques, eux, disposent bien de travailleurs esclaves.

Les hommes politiques qui acceptent ce type de société de nos jours (ça, ça et encore ça !), inspiré par un modèle venu d’outre-atlantique (d’ailleurs pas si apprécié là-bas non plus, aux dernières nouvelles…), ces hommes politiques ne font pas preuve de solidarité, comme ils semblent le penser, mais simplement de complicité.

Proposer comme programme celui qui consiste à accepter de mourir à petit feu, pour éviter de mourir décapités, nous semble relever d’un tout autre type de job (encore une minute M.Samson...).

Il est encore temps, encore quelques jours…au cas où une conscience endormie voudrait bien se réveiller.

Et dans le cas contraire ? Dans le cas contraire, acceptons simplement de dire qu’une société esclavagiste ne peut pas être une démocratie. Il vaut mieux regarder les choses en face et reconnaître simplement, ne serait ce que par respect pour ceux de Whirlpool, qu’appeler un tel pays une démocratie demande…un certain courage, et beaucoup d’imagination.

Page précédente  Haut de page    Page suivante